La cause de la gouverneure générale qui ne parle pas français
La nomination d’un francophone unilingue aurait allumé un incendie
La saga judiciaire autour de Mary Simon se poursuit. Le gouvernement fédéral ne réussit pas à faire casser la procédure visant l’annulation de la nomination de la gouverneure générale ne parlant pas français. Si vous voulez mon avis, il serait sain pour le Canada que cette cause se rende en Cour suprême.
La question est à la fois simple et complexe. Le gouvernement Trudeau pouvait-il nommer au poste de gouverneur général, qui est officiellement le chef de l’État au Canada, une personne qui ne parle pas l’une des deux langues officielles?
Deux groupes sensibles aux droits du Québec ont soumis au tribunal une procédure pour invalider cette nomination sur la base qu’elle serait inconstitutionnelle. À deux reprises, les avocats du fédéral ont tenté de faire annuler la procédure. À la suite du deuxième revers, subi cette semaine, on peut espérer que la cause soit entendue sur le fond en 2024.
Pas d’obligation légale?
L’une des prétentions des défenseurs de la nomination de Mary Simon, c’est que cette obligation de parler les deux langues officielles n’existe pas dans les lois. Il n’est en effet nullement écrit, noir sur blanc dans la Constitution canadienne, que le gouverneur général doit parler anglais et français.
Mais en termes de traditions et coutumes, cette obligation est fondée. D’ailleurs, à quoi bon traîner une Loi sur les langues officielles dans un pays si les plus hauts officiers peuvent faire fi de l’une de ces langues?
Imaginez donc un instant ce qui se serait produit si Justin Trudeau avait nommé un francophone unilingue au poste de gouverneur général. Imaginez le tollé d’un bout à l’autre du Canada. Imaginez les journaux torontois. Imaginez le nombre de procédures devant les tribunaux!
Lors de la nomination de madame Simon, on avait calmé les francophones en promettant qu’elle s’efforcerait d’apprendre le français. Trois ans plus tard, on nous dit qu’elle ne peut toujours pas soutenir une conversation. Faut-il rappeler qu’elle a vécu quelques années à Montréal... sans apprendre le français (comme Michael Rousseau, d’Air Canada)?
D’ailleurs, lorsque le premier ministre français, Gabriel Attal, est passé au Canada, un pays qui a le français comme langue officielle, la conversation avec notre cheffe d’État s’est déroulée en anglais... Assez gênant.
Cour suprême S.V.P.
La cause devrait se rendre à la Cour suprême parce que cette nomination représente une tendance lourde au Canada. Le nouveau bilinguisme. Autrefois, la nomination d’une personne dite bilingue pour une fonction officielle au Canada sous-entendait qu’elle maîtrisait les deux langues officielles du pays.
Désormais, on a l’impression qu’il faut parler anglais... et n’importe quelle autre langue. Dans le cas de madame Simon, c’est l’inuktitut, mais ça pourrait être le mandarin, le punjabi ou l’arabe. Il serait donc salutaire que la Cour suprême nous dise clairement quelle est la place du français dans le Canada des années 2000.
Les organismes qui poussent cette cause mènent une bataille importante. Si les Québécois ne mènent plus ces batailles, aussi bien sortir du Canada.
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