mercredi 17 février 2021

L’IMMIGRATION AU SERVICE DU MULTICULTURALISME CANADIEN par Frédéric Bastien....

On apprend cette semaine qu’Ottawa a décidé de réduire ses exigences dans la sélection des immigrants. Le but est ici de pouvoir atteindre, coûte que coûte, des cibles d’immigration qui avaient été fixées avant la pandémie. Le Canada fonctionne avec un système de pointage pour faire sa sélection, lequel prend en compte divers facteurs, notamment les qualifications professionnelles des candidats. Au cours des dernières années le plus bas pointage exigé dans la grille fédérale a été de 199. Les fédéraux viennent de le baisser à 75, soit une baisse de 62% des exigences.

Cette décision semble évidemment contraire à la logique la plus élémentaire. Celle-ci voudrait en l’occurrence que l’on détermine les objectifs que le pays cherche à atteindre avec l’immigration et que l’on fixe ensuite les seuils. L’un des principaux buts qui est invoqué par Ottawa tient au manque de main d’œuvre qualifiée dans certains domaines. En réalité l’immigration a très peu d’impact sur le soi-disant manque de main d’œuvre puisque les immigrants qui s’établissent ici créent un nouveau besoin de main d’œuvre lié au fait qu’ils ont besoin de logements, d’écoles pour leurs enfants ainsi que d’autres biens et services. Cette nouvelle demande débouche ensuite sur un nouveau manque de main d’œuvre qui exige à son tour que l’on accueille de nouveaux arrivants, et ainsi de suite.

On le voit bien, les raisons invoquées par Ottawa pour augmenter l’immigration ne tiennent pas la route. Si les fédéraux étaient cohérents dans ce qu’ils disent et font, devant les problèmes de chômage qu’entraîne la pandémie, ils ne baisseraient pas leurs critères de sélection et se contenteraient de recevoir moins d’immigrants.

Pourquoi alors cherchent-ils à accepter des nouveaux arrivants vaille que vaille? La raison est idéologique et relève du multiculturalisme canadien. L’attitude des fédéraux s’explique parfaitement quand on ajoute cette variable dans l’équation. Le véritable objectif du gouvernement Trudeau est de faire du Canada un pays post-national et l’immigration constitue le moyen par excellence pour y parvenir. Entre autres choses, plus il y aura de nouveaux venus, plus il sera difficile pour les Québécois de faire valoir qu’ils constituent un des peuples fondateurs du pays. Pour les multiculturalistes canadiens, nous ne sommes bien sûr qu’une minorité culturelle parmi d’autres. Plus y aura d’immigrants plus ce discours aura de la résonance en raison de la force du nombre.

Grâce au Parti québécois de l’époque de René Lévesque, le Québec contrôle la sélection d’une partie de son immigration. Les décisions fédérales nous affectent donc moins que les autres provinces. Le problème est que, aux dernières nouvelles, la ministre québécoise de l’immigration, Nadine Girault, entendait faire exactement la même chose que les fédéraux et hausser substantiellement l’immigration au Québec. La CAQ, qui se dit nationaliste, doit absolument faire marche arrière.   François Legault doit rappeler sa ministre à l'ordre.




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