jeudi 13 août 2020

Frédéric Bastien devient de plus en plus mon favori......

 LEGAULT FRAPPE LE MUR CONSTITUTIONNEL

En 2013, François Legault s’était montré agacé par la controverse qui avait entouré la publication de La Bataille de Londres, mon livre qui révélait que le rapatriement constitutionnel avait été un coup d’État dans lequel avait trempé la Cour suprême. La constitution, « ça change quoi demain matin, ici au Québec? », avait-il déclaré.

Parlons-en de la constitution. Le 10 août dernier, le magistrat fédéral Sylvain Lussier a suspendu un pan entier de la réforme des commissions scolaires, une promesse majeure de la CAQ qui remonte en fait à l’époque de l’ADQ. Le juge Lussier, nommé par Ottawa, a affirmé que le Québec n’a peut-être pas le pouvoir constitutionnel de fixer des critères pour l’embauche des dirigeants des commissions scolaires anglophones. Dans l’attente d’un jugement sur le fond, il a suspendu une partie de la réforme caquiste contenue dans la loi 40.

C’est un peu technique mais l’essentiel est ceci : les anglophones plaident que le gouvernement québécois viole l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, celle que René Lévesque appelait « la maudite charte », celle-là même qui nous a été enfoncée de force dans la gorge en 1982. Elle prévoit qu’il doit y avoir de l’enseignement en anglais pour les Anglais du Québec et en français pour les minorités francophones dans les autres provinces. Cette offre d’enseignement a été élevée au rang de droit humain fondamental par Pierre Elliot Trudeau, une manœuvre qui demeure l’une des plus grandes supercheries intellectuelles et politiques de notre histoire.

Rappelons ici que l’éducation est une compétence exclusive du Québec en vertu du pacte confédératif de 1867 et que cela inclut la gestion des commissions scolaires. Outre l’illégitimité totale de la charte dans ce dossier, ajoutons qu’il n’y a pas une ligne dans celle-ci qui dit que les anglophones ont un droit de gestion de leurs commissions scolaires. Ce « droit » a été inventé de toute pièce par les juges fédéraux qui ont interprété la charte pour lui faire dire ce qu’elle ne dit pas, ce qui constitue une autre imposture du régime.

Au lieu de noter à quel point tout ce processus de décision est vicié, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a déclaré qu’il était convaincu que son gouvernement respectait « les droits fondamentaux de la communauté anglophone ». Il a complètement avalisé le paradigme et le langage du régime. Ce faisant, il montre qu’il est incapable de voir à quel point cette décision est injuste et, par conséquent, de la dénoncer. 

Si Monsieur Legault se demande encore ce que la constitution peut changer pour le Québec, la décision du juge fédéral Lussier lui fournit un élément de réponse.



Aucun commentaire:

Publier un commentaire