mercredi 14 avril 2021

LE FRANÇAIS INCLUSIF EST-IL VRAIMENT INCLUSIF?

Il y a quelques jours je reçois un courriel d’une organisation québécoise que je ne nommerai pas ici et qui est écrit dans un nouveau français. Je parle ici bien sûr de l’écriture inclusive, cette novlangue suivant laquelle on multiplie les points et on invente de nouvelles règles et de nouveaux mots, genre les auteur.s autric.e.s ont vu leurs droits d’auteur.s autrice.s augmenter. Cette tendance est néfaste et repose sur de fausses prémisses.

L’idée est que les règles de grammaire voulant que le masculin l’emporte sont sexistes et qu’en les changeant on va faire avancer la cause des femmes. Rien n’est plus faux. L'usage du masculin en français vient du fait que le genre neutre, qui existait en latin, a disparu. Il ressemblait beaucoup au masculin et est tombé en désuétude, comme en espagnol ou en italien, mais pas en Roumain ou en Allemand. Dans cette langue on dira das auto, par exemple, l’article das n’est ni masculin ni féminin mais neutre.

L’usage du masculin ou du féminin n'a donc rien à voir avec du sexisme. Le genre n’a pas de sexe en français, on peut dire le bois ou la forêt par exemple. Écrire il pleut  et non elle pleut n’est pas plus discriminatoire que de nommer les parties génitales féminines au masculin, le clitoris, ou l’inverse, la verge.

Les tenants de l’écriture soi-disant inclusive font aussi fausse route en pensant que leurs beaux efforts langagiers vont se traduire par une amélioration de la condition féminine. Les règles de grammaire ont-elles un impact sur la situation des femmes? Bien sûr que non. Prenons l’exemple du bilua. Dans cette langue parlée aux iles Salomon le féminin l'emporte systématiquement sur le masculin. Pourtant, suivant un rapport de l’ONU,  aux iles Salomon les droits des femmes sont régulièrement bafoués, l’un des pires endroits au monde. En hébreu il y a des chiffres masculins et des chiffres féminins. Les nombres plus importants sont toutefois ceux au féminin, qui l'emportent sur le masculin. Tout cela bien sûr n'a aucun impact sur le sort des femmes israéliennes.

Finalement l'usage du français inclusif est un gros problème pour l’apprentissage d’élèves en difficulté, notamment ceux qui souffrent de dyslexie. Notre langue est complexe et son apprentissage difficile. Si la pratique du français soi-disant inclusif se répandait, des milliers de jeunes, entre autres, feraient face à des problèmes d’apprentissage encore plus grands que ceux qu’ils vivent déjà. En fait le français inclusif est si difficile que même ses praticiens,  qui sont pourtant en général très éduqués, n’arrivent pas à suivre leurs propres règles sans faire de faute.

Je ne doute pas de la sincérité de ceux qui utilisent le français inclusif. Ce qu’ils nous proposent toutefois a pour effet d’exclure ceux qui ont des difficultés en français, de créer des polémiques inutiles et ainsi de nuire à la cause des femmes.




Frédéric Bastien



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